Et si…

Kate Braverman – « Bleu éperdument »

« Elle avance vers moi d’une démarche titubante, comme si la gravité de ce monde l’avait prise au dépourvu. »

« Bleu éperdument » est un recueil de nouvelles. « Bleu éperdument » m’a profondément touchée avec ses petits airs de déjà-vu, déjà-vécu. Il a fait remonter des souvenirs, a remué certaines de mes certitudes. Il a ramené à la surface, titillé et interrogé certains sentiments plutôt pénibles.

Dans ce recueil, Kate Braverman nous emmène à Los Angeles et à Hawaï auprès de femmes approchant la quarantaine. Beaucoup sont poètes, écrivains, profs d’ateliers d’écriture, toutes ont approché d’une façon ou d’une autre la dépendance : une mère (ou plus rarement un père) alcoolique, plus d’une l’ont été elles-mêmes (la vodka étant leur alcool de prédilection), d’autres (ou parfois les mêmes) préfèrent la cocaïne ou s’attachent à des hommes d’un genre nocif…

Et donc, il y a cette quarantaine et son appel au bilan : les souvenirs douloureux, les regrets, le manque toujours présent ou à l’inverse la satisfaction d’une sobriété chèrement gagnée, la décadence et l’envie de mort… Kate Braverman s’y entend pour nous faire (res)sentir les effets de l’alcool, de la drogue ou du manque ainsi que les émotions et sentiments pénibles engendrés par la dépendance et ses conséquences.

« Quand je passe au crible ces vestiges de mon enfance, j’identifie les lieux qui ont façonné certaines des inclinations de ma sensibilité. (…) Il y a ma conception du monde qui se divise entre les guérissables et les incurables. J’ai eu un mal de chien à me défaire de ce postulat fondamental. Je peux en retracer la stratégie, la manière dont elle s’est infiltrée en moi, et comment dans mes relations et ma vie de couple je l’ai appliquée. Je pense à la facilité avec laquelle je me défais des identités, des professions, des circonstances, des amants. Fatalement, je finissais toujours par en percevoir la configuration et la juger intrinsèquement incurable. »

En même temps, il y a cette poésie, ces mots utilisés là où on ne s’y attend pas, les couleurs, Hawaï et les voyages. Du bleu et du vert surtout : la mer, le ciel, la végétation mais en fait, tout à une couleur : les sensations, l’air… plutôt jaune lui, d’ailleurs. Comme si, la vision sous substances se colorait, s’élargissait, ouvrait sur des choses invisibles par ailleurs.

« Cet un après-midi si saisissant, si limpide et acéré qu’elle pourrait presque voir où le poème s’incarne et les désirs qui l’animent. Elle l’a décidé, le poème est sur l’agitation et les faiblesses, la langue et les trahisons de l’intimité. Ou peut-être sur tout autre chose. »

Kate Braverman, « Bleu éperdument », traduit de l’anglais (États-Unis) par Morgane Saysana, Quidam Editeur, 2014.

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Un commentaire sur “Kate Braverman – « Bleu éperdument »

  1. Bernieshoot
    16 août 2017

    Un livre qui nous entraîne dans un voyage bleuté assez superbe, j’apprécie que la traductrice soit mentionnée.

    Aimé par 1 personne

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