Et si…

Eric Bonnargent – « Atopia, petit observatoire de littérature décalée »

Je me sens toute chose… C’est que je viens de lire un livre inexistant (dixit l’auteur) ! Du moins, qui n’est plus physiquement… ni donc sensuellement pour moi lectrice. Heureusement, il y a la technique et le format numérique dont voici un autre petit avantage : ressusciter ces ouvrages épuisés. Ce livre, je l’ai lu d’une traite, comme un roman alors qu’il s’agit d’un recueil d’articles littéraires dans lequel j’escomptais seulement piocher par ci, par là. Eh bien voilà : raté ! Piégée ! C’est dire si j’ai été prise dans ses pages.

C’est vrai, j’aurais pu m’en douter rien qu’en voyant le titre et la table des matières : de la littérature décalée, deux quidam au programme, de la mélancolie, de la misanthropie, de la mort et du syndrôme Bartleby… De quoi me ravir moi qui écrivais il y a deux mois :

« Vient de s’apercevoir que presque tous les livres de Quidam Editeur qu’elle a lus ont un personnage (souvent principal) du genre inadapté, marginal, différent, hyper-réceptif/réflexif. Ce serait donc l’éditeur des hauts potentiels comme il convient de dire aujourd’hui (anciennement surdoués, métaphoriquement zèbres, émotionnellement hypersensibles, intellectuellement arborescents,…) ? »

En fait, selon Eric Bonnargent, toute littérature contemporaine ambitieuse parle de la marge, dérange, secoue, apporte un regard différent :

« Toute littérature ambitieuse est décalée parce qu’elle cherche à aller au-delà des apparences et à dévoiler un mal-être qu’on ne perçoit pas ou qu’on ne veut pas voir (…) Elle a pour but de dé-ranger et de renvoyer le lecteur à sa propre singularité, le forçant ainsi à s’interroger sur le monde et sur lui-même. »

Car toute littérature ambitieuse est le reflet du mal-être essentiel de l’homme et exprime cette impossibilité qu’à l’individu réflexif de s’insérer dans la société :

« Le bonheur réside dans l’inconscience et ce qui importe est de ne jamais penser, de vivre dans l’oubli de soi. La pensée est inconfortable, elle condamne à l’atopia, à ce sentiment d’inquiétante étrangeté ressenti face au quotidien. »

« Atopia » nous fait côtoyer des personnages de romans confrontés à cette difficulté d’être et y apportant différentes réponses : misanthropie ou suicide, mélancolie et réflexion sur la mort, ultra-conformisme ou révolte et marginalité, désespoir passif ou violence… « Atopia » cherche à nous faire découvrir des auteurs ou des livres injustement méconnus… et ça marche vu l’inquiétant allongement de ma liste de livres à lire !

Enfin, comme il reprend les interrogations des romans abordés, ce recueil fait lui-même réfléchir sur ce sentiment d’étrangeté au monde, ce qui ne pouvait qu’attirer et même réjouir mon moi mélancolique !

« Seule la poésie offre une voie d’accès à l’être. Le langage quotidien nous ferme cet accès. »

Eric Bonnargent, « Atopia, petit observatoire de littérature décalée », Editions Le Vampire Actif, 2011 (2014 pour la version numérique)

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Cette entrée a été publiée le 4 avril 2017 par dans Littérature, et est taguée , , , , .

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