Et si…

Catherine Ysmal – « À vous tous, je rends la couronne »

Nouvelle année, bonnes résolutions, on se souhaite de la douceur, de la beauté, de la folie et touça… mais l’humeur ne suit pas… non, elle ne veut pas, elle s’en moque de touça… limite, ça l’énerve ces injonctions…

Puis une chanson passe, des paroles, on tend l’oreille, on les écoute, les réécoute, on sent qu’il y a de ça…

Il y a avait déjà de ça hier soir dans « À vous tous, je rends la couronne » et dans « Renégat, roman du temps nerveux » (Reinhard Jirgl, Quidam Editeur, 2010)… un « ça » mal défini… malaise, enfermement, inadéquation, une autre folie, celle de l’inadapté(e)… et l’envie de mourir pour re-naître qui va avec…

A moins que le « ça » ne se cache dans ces paroles-là :

(Plume 82 du 1er janvier 2017)


Les mots, la langue, ceux dont nous héritons à notre naissance, ceux qui nous définissent et nous habitent au point de nous enfermer… en nous-même, dans le passé, dans un moule-rôle. Ces mots qu’essaye de détruire-reconstruire le narrateur du court et intense livre de Catherine Ysmal, suite au décès de son père.

« Je ne sais quelle langue je parle, ni de quoi est fait ce texte que je deviens et auquel je ne tiens que d’un doigt.

S’en foutre. Évidemment faux. Parade. »

Ce cri de rage-libération, je le place dans cette catégorie des textes poétiques qui s’adressent davantage au cœur et aux tripes qu’à la tête, comme « Désirée » ou « Un long silence de carnaval ». Ces textes qui inventent une langue, détournent les mots, les agencent de façon étrange quitte à (ou histoire de) perturber nos habitudes langagières et notre chère rationa/réa-lité.

J’ai lu et relu « À vous tous, je rends la couronne », j’ai senti du désespoir et de la rage m’envahir. Je n’ai sûrement pas tout compris et peu m’importe car je pense avoir intégré physiquement et émotionnellement cette tension du narrateur entre son passé, les mots – jusqu’à son prénom – qui l’ont conditionné et ce qu’il se sent être et ne pas être depuis toujours.

« Il m’aura fallu attendre longtemps sur le seuil du nom afin de me soustraire d’une langue imprononçable. Ni la mienne, ni celle d’un autre, mais une langue commune : décor défraîchi sur lequel je collais quelques lettres ou, au mieux, des mots qui me venaient de derrière la tête. »

Il y a de l’intensité, de la force dans ce livre qui cherche à ré-inventer la langue pour permettre une renaissance.

« J’ai toujours voulu dire ma langue, cette chose âpre et sèche (…) »

Il y eut des serrements du cœur, de la gorge… presque des larmes…

« Taisez-vous. Crachoirs, réceptacles de mots prudents, jolis-jolis. Vous, vidanges de ceux que vous preniez malin plaisir à policer. Il n’y a rien de beau au monde crasse. Ou votre bohème. Rien de beau en effet à l’armure que je porte, protection aux claques, et rien de beau non plus, à son clapet qui me ferme.

Regardez mes mains ! Elles passent et repassent sur vos verbes. J’effacerai tout. Tout de ton nom gavé d’éternité. »

Il y a ensuite ce cheminement-questionnement interne sur mon propre emprisonnement (répéter), sur ce besoin de silence qui lui fait face (me taire), sur cette recherche d’une autre langue… essentielle et libératrice (inventer ?)…

Peut-on espérer mieux d’un livre ?

Catherine Ysmal, « À vous tous, je rends la couronne », Quidam Editeur, 2014.

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2 commentaires sur “Catherine Ysmal – « À vous tous, je rends la couronne »

  1. Pingback: Plumes 81 à 85 – Emplumeor

  2. Pingback: Gabriel Josipovici – « Infini : l’histoire d’un moment » – Emplumeor

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Cette entrée a été publiée le 2 janvier 2017 par dans Littérature, et est taguée , , , , , .

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